Le cri de la crevette

J’ai écrit ce texte un soir de forte pluie -chose rare en Pays d’Auge- et de ciel bas en estuaire de Seine…  J’aurais très bien pu l’écrire là où ma Sienne natale se jette dans la mer, là où il fait toujours beau, puis remplacer la crevette par un mouton.

Mais ce jour là, j’ai préféré la puissance évocatrice du silencieux crustacé…  Dictature du genre aussi peut-être:  » un » mouton, mais « une » crevette …

Saviez-vous qu’à Honfleur, on fête la crevette, tous les ans, début octobre,  juste avant de la dévorer?

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Née ici ou ailleurs je suis fille du hasard.

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Je pêche à la crevette sous un grand parapluie

Les goélands lorgnettent et troublent mon ennui

Dans l’eau sombre et ridée, sirène jusqu’à mi-cuisse

Sous les sables émouvants mon épuisette glisse

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Parapluie bien tendu je pêche à la baleine

Harponnée et bossue je remonte la Seine.

Des mailles d’un filet je me suis ajourée

Et retiens ma respire au chahut des marées

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Au lent soupir du temps, je pêche à la coquille

Je reste flaque au vent sur l’estran qui scintille

Les hommes de Panurge moutonnent sur les flots

Humber Dogger Fisher emportent tous mes mots

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Parapluie retourné, résister. Qui m’entend ?

Drapée de grand vent, j’en appelle à l’océan

J’ai froid violent au chant strident de la crevette

J’ai bourrasque dedans au fracas des tempêtes

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Le cri du crustacé comme un long suicide

Me décortique  vive, j’ai l’âme celluloïd

Je pêche à la morue sous mon grand parapluie,

Contre gens et marées j’attends une embellie

.

J’ai sur le corps l’écume de larmes ravalées

Souviens-moi du passé il vient de s’échapper

Je guette les promesses croisant à fleur de mer

Et cueille l’air du large, caresse au creux de terre

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Au soir, je reste à quai puis j’attends  – vient la nuit

Je remplis mon panier de rêves d’infinis

Et l’or du ciel qui tremble embrase la mer au nord

Je danse sous le vent, les bateaux rentrent au port

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Quand au souffle  Noroît, on me pêche à la ligne

La crevette m’escorte en faisant grise mine

Nous traînons dans la vase aux reflets d’eau froissée

Solitaires à deux sur les grèves oubliées

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A l’écoute vaille que vaille, du détail coûte que coûte

Je nais d’un bras de mer et de l’ombre d’un doute

Pêcheuse de marées, estuaire en poésie

Mouvante et pré-salée comme le pays d’ici.

Février 2009

Vanessa Simon Catelin

« D’ici ou d’ailleurs. Il est une fois ma terre… »

©

Filles, Femmes… Voilà  un autre texte écrit cette année « couleur femme » pour le printemps des poètes, un cri d’un autre genre à lire sur cette page du blog https://leszateliersdelatetedebois.wordpress.com/2010/03/04/filles-femmes/

commentaires
  1. Gogo des Moulineaux dit :

    Salut ma belle,

    Bien belle ballade au coeur de ton assoc.J’ai adoré le Cri de Dame Crevette !
    Un grand bravo pour ton dynamisme et ton talent. Surtout ne t’arrête pas :ON AIME !
    Trés belle année à toi (j’avais encore 2 jours…)et plein de nouvelles productions à venir§
    A très vite
    La bise
    Fred

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