Archives de la catégorie ‘Hommages’

L’humanité au féminin.

Publié: janvier 9, 2017 dans Couleur Femme, Hommages

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Hommage (1)

Publié: janvier 2, 2013 dans Ecritures, Hommages
Jean-François Catelin

Jean-François Catelin

Une année difficile à terminer pour tous ceux qui l’ont connu.

Jean-François Catelin,  chroniqueur nomade des Z’Ateliers,   instigateur de mes errances créatrices, souffleur d’ envies, amoureux de la vie et des arts, homme totem, a été déraciné par un grand vent du large le 7 septembre dernier. Et si le gouffre de son absence n’en finit pas de s’ouvrir, béance particulièrement douloureuse au sortir des fêtes, je me sens tout juste capable de l’évoquer ici. J’avais promis des textes inédits aux amis, des extraits de ses poèmes ou de ses chansons sur ce blog…

Le temps fait péniblement son oeuvre. Et le hasard des relectures aussi, une nouvelle plongée dans ses écrits, une photo, une parole, un souvenir… le moment est là. Un premier hommage, il y en aura d’autres.

Commençons donc puisqu’il faut bien choisir une entrée dans le labyrinthe de ses créations, par un texte écrit en 2009 à l’occasion de notre premier concours d’écriture et d’art postal: « D’ici ou d’ailleurs, il est une fois ma terre… » Ce texte n’est jamais parvenu dans la boite aux lettres des z’Ateliers, juste dans ma boite mail, comme une contribution intime à ce premier grand jeu d’écriture… Merci Papa.

Voici un long extrait où tous ceux qui l’ont connu le trouveront, se trouveront. Un texte nostalgique qui mord la vie à pleines dents. Comme toujours. « Maison à vendre », même si cette dernière fois, il a changé  d’avis ou que finalement, il n’en a pas eu le  temps.

 

« MAISON A VENDRE

On a décidé de vendre la maison.  Ce n’est pas le bon moment mais est-ce jamais le bon moment de vendre ? Ce n’est pas le bon moment car la situation éc … mond …  est … trophique , les usines ferment et se déplacent , les gens perdent leur emploi et deviennent pauvres . L’orchestre du monde joue des partitions nationales de sauve qui peut : ici les cuivres de l’oncle Sam et le solo de Sauveur Obama , l’Elu in extrêmis , tentative désespèrée de l’acrobate démantelé cherchant une rémission à l’inconséquence antérieure , là … On a décidé de vendre alors que tout va mal  (…) On a décidé de vendre car vendre ou acheter font partie d’une vie et des hasards d’une époque . Et cette époque est un fleuve au cours changeant . (…) La vente de la maison nous recale dans l’histoire . C’est la maison des belles histoires . Souviens-toi (…)

Et notre amour , et les naissances , autant de fêtes les naissances , et la vie , la jeunesse , le mouvement , le rire et les chansons et les enfants , les enfants et les poules , les lapins et les chiens . Les chiens , guetteurs de notre histoire . La vie battait au rythme des matins , des jours et nuits , au rythme de notre coeur , famille et amis . Que d’amis ! De nos travaux , de notre travail , de nos chansons d’amour et de lutte , qui nous ressemblaient , de révoltes , si tu aimes , tu te bats , pour eux , pour toi , pour te sauver et sauver de l’égoïsme , parce que tu es un homme , une femme de cette histoire personnelle et universelle à la fois . Je t’aime dans la persistance des floraisons et des chutes de feuilles , dans le rythme porteur de notre histoire , banale histoire des gens qui s’aiment et vivent , de nous ,  nous deux , nous six , nous et notre famille et les amis et toute l’humanité (…)

La part belle revint à la fraternité et l’amitié . l’amitié . « cré-co » , le plombier et sa douce et sa solaire épouse , Eléonore . Nous nous vîmes et revîmes et fréquentâmes avec bonheur jusqu’à ce drame horrible qui hante encore nos nuits et engloutit à jamais nos amis très chers . Page arrachée au calendrier de la vie . La maison fut Jean puis jean-Pierre , l’électricien , puis les chanteurs et musiciens qui défilèrent , vocalisant la truelle à la main . Les joints de maçonnerie du séjour   étaient  un accord de guitare , une note de piano , un chahut de voix et et des rires . Les pierres étaient lumineuses avec des éclats , des paillettes , des rivages et des hautes mers . La maison fut le ciment des évènements et des fêtes entre amis et familiales , naissances , mariages , et de fêtes intimes que la mémoire des fenêtres ne saura jamais oublier .

La maison sent les foins séchés les coquelicots , les sauterelles et les andains qui piquent les fesses . Et j’ai envie de toi , dans la maison , dans l’univers . Et j’ai envie de la vie qui déferle dans tes yeux et ta respiration et le rythme de ton sang .

La maison aussi a envie , de toutes ses fenêtres pétillantes , par les bras de ses portes , ses bouches d’ombres , son ventre sombre et profond , le secret des armoires et le bruissement des rideaux … La maison s’ouvre au rire des enfants , aux poursuites , claque ses portes , aux jeux . La maison n’est pas jalouse , comme je le suis , de Toi (…)

Trente ans plus tard , je me retrouve bloqué dans l’allée centrale d’un Boeing 777 qui nous ramène de quelque part . Au rang derrière nous , contre le hublot , il y a l’éternel bavard qui raconte sa vie  , si haut que personne ne peut y échapper : le passeport oublié dans la voiture , le contrôle de police qui s’éternise , l’avion qui décolle , seul …et la voisine qui hoquète , qui caquète , qui halète , qui allaite … il fallait le dire .

L’avion , c’est déjà une demeure privilègiée qui ouvre l’espace qu’elle relie et le temps qu’elle perd ou rattrape . Quelle maison offre ainsi l’ambiance d’un bistrot de village où l’on viendrait du monde entier pour parler aux hôtesses , boire un café – peu importe la qualité du café – et tuer la longueur du voyage ? Tu pars de quelque part , Hong Kong , Montréal , Auckland , ou de n’importe où et tu cours après le temps jusqu’à le rattraper , ce que tu crois . Mais le temps ne se comprime pas ni ne se répand . Il te suit et te rattrape ou te précède et te vieillit . ce que tu crois . L’illusion est parfaite sauf si tu penses que ta vie , la tienne , c’est l’unité du temps . Tu es toi-même le temps (…)

Le temps passé s’installe dans l’utopie . Le souvenir des gens et des choses se nimbe de la nostalgie de ce qui fut et ne sera plus ; la poésie douloureuse s’applique plus facilement au passé qu’au présent. Douleur de l’absence et de la solitude . J’avais des grands parents , des parents , des oncles et  tantes , des frères et soeurs, j’avais une humanité familiale . Ils ont disparu ou se sont absentés , c’est la même chose . La mer est vide à perte de vue , les morts sont sous la surface  (…)

Je suis et nous sommes tous créoles . Mes ancêtres , mes grands parents et parents viennent d’histoires différentes , de va-nu-pieds du Moyen Age , et de seigneurs , de mélanges de fortunes et de peaux , de conquêtes et de soumissions . Et chacun de la lignée , le paysan normand , l’ancien viking , l’Espagnol fuyant les Maures, le Maure fait prisonnier , l’Africain habitant les Etats Unis d’Amérique et qui épousa mon arrière grand-mère pour s’affranchir , chacun de la lignée se retrouve au terminus prêt à sceller son aventure et l’histoire du monde .

On a décidé de vendre la maison . On pourrait dire on va vendre la dune , les pins , la mer et les grandes marées , le vent qui s’engouffre pendant des jours et des saisons , les troupes de mouettes , les vols de courlis et les goélands et l’orchestre des vents d ‘Ouest et le chant des vagues .

A VENDRE

Je vais quitter cette mythologie marine et cherche où aller . Ailleurs , vers la mer , une autre mer qui envahit tout , les maisons et les vies . Dans quelle mythologie vais-je me retrouver? Les voyages , les découvertes , sans port pour le retour , instinct suicidaire ou sursaut de survie ?

La maison nous a tout donné , tout ce que nous attendions d’elle , nos enfants , nos fêtes familiales , le bonheur de ceux qui venaient nous voir et respirer l’azur . Nous avions tous les yeux bleus , nous avions tous une rose au coeur , nous avons eu des épines aussi , la maison  était complice de nos joies et de nos peines , et nous y gardons nos souvenirs même si les gens ont disparu . Puis le temps a passé . Le temps … »

Agon-Coutainville, Février-Mars 2009, Jean-François Catelin

A lire sur ce blog aussi:

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https://leszateliersdelatetedebois.wordpress.com/2009/11/03/qui-sommes-nous/

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