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GENESE

Publié: décembre 6, 2009 dans Le pourquoi des choses.

 

Je traque l’origine puis la genèse de l’oeuvre d’art. Trouver ce qui enfantera cet écrit, ce poème, ces besoins de peinture, d’encre et de fusain, cette sculpture nécessaire…

Un voyage

Vero Beach (Floride). La route de la mer bordée de dunes, de marais et de roselières. Ici et là, des palmiers sur une langue de sable. Une lagune où plongent des pélicans. Les noms de lieux sont indiens. Il y a peu, ils y pêchaient encore et chassaient. Les enfants y jouaient et riaient. L’ombre et l’esprit des indiens occupent toujours l’espace. Mais l’homme blanc a pris leur place devant la mer. Ils ont été repoussés dans l’intérieur, là où pourrit la pauvreté.

Je m’anime devant cette injustice: c’était leur terre, leur marais, leur mer, avant l’homme blanc. L’esprit des indiens habite encore la rivière, la lagune, le marécage inhospitalier, les manatees, les oiseaux maitres du ciel, les alligators. Je convoque le passé, vois les racines en sondant le tronc, malaxe la terre qui colle en formes et mouvements, j’écoute les pulsions des tambours creusés au bois dur. « Je travaille comme un jardinier » disait MIRO . Je suis chasseur, bûcheron, potier, sculpteur. Mon atelier est cosmique. L’esprit des indiens s’est emparé de moi, de la rivière, des bois, du marais, chaque pélican est un indien qui crie, plonge et se nourrit.

Wendake

La pulsion créatrice

catalyse les idées, l’imagination, le matériau. L’oeuvre envisagée au hasard n’est pas le fruit du hasard. Elle est faite de matière cérébrale sensible et esthétique. Elle est le fruit de mon affect, de mes émotions et de mon imagination. S’élabore une sculpture, par à coups, comme une mue de serpent. L’osmose est heurtée, violente, blessante. Toute préparation à l’accouchement d’une création est à la fois joie et souffrance: porter, exprimer cette histoire des indiens, du destin, de la force des dieux et du panthéisme et donner à la matière, au morceau de bois, à la pierre, à la terre, la charge de porter cette histoire. A la fracture des êtres, entre raison et passion naît l’oeuvre d’art, manifeste, témoignage, relai de l’esthétique et de la beauté. L’oeuvre pérennise l’Histoire. Ici, « l’Esprit de l’Indian River », deux wigwams protègés par un regard, c’est l’éternité du lieu.

L'esprit de l'Indian River

 

S’achève la genèse.

L’oeuvre quitte le jardin d’hiver. Les wigwams sont deux parties d’un même morceau de bois éclaté en positif et négatif montrant des fibres en relief et complémentaires. Hasard de la trouvaille et de la hache, attrait du lignage comme une gravure en ronde bosse. Bonheur de l’esthétique et du toucher. Le bois chante et plait à la main. L’oeuvre naît. Elle existe déjà comme si personne ne l’avait un jour créée. Elle est Indépendante et Libre.

La tête de granit veille sur « l’Esprit des Indiens »

Jean-François Catelin

Vero Beach-Tarpon Springs  2008-2009